Gafsa est la ville par excellence. Pendant des millénaires, elle a été la seule à jouir de ce statut dans cette région qui, dès l’aube de l’histoire, était parcourue par les tribus nomades. Seule el-Guettar peut se prévaloir d’une ancienneté relative, puisqu’elle a apparemment été fondée vers le XVe siècle.

Toutes les autres localités du gouvernorat sont de création relativement récente, qui va des débuts du protectorat français -pour la plupart d’entre elles-, à ces toutes dernières décennies pour certaines, telle Belkhir. Cela explique l’aura de Gafsa et sa force d’attraction ; cela explique aussi qu’autour du noyau initial de la cité et de sa partie «européenne» sont venues s’agréger des populations qui représentent autant d’ «échantillons» des tribus qui parcouraient les immensités steppiques et aujourd’hui regroupées par quartiers, au nord et à l’est de l’agglomération, ainsi que dans la ville jumelle d’el-Gsar.

En ce début de XXIe siècle, la répartition spatiale de ces populations s’effectue comme suit pour Gafsa-ville : Oulèd Chraït (Douali), Oulèd Slama(Cité es-Souroûr, el-H’mîla, Marjaâ es-Sîd), les Dhouâher (cité en-Noûr), Oulèd Jedla (cité en-Noûr, cité es-Sourour, el-Hamîla), Oulèd Sâlah (el-Assâla, el-Moûla), Oulèd Hâj (el-Assâla, el-Moûla), Alîm (el-Assâla), el-Aïyâïcha (citées-Souroûr), Oulèd Bou Saâd (cité es-Souroûr), Oulèd Moussa (cité en-Noûr, cité ech-Chabâb).Pour el-Gsar : Oulèd Tlijèn (Lâla, el-Ajjâma,er-Ragoûba), Chogrân (bab es-Soûr), el-Qbâïl(bab es-Soûr), Chouâmekh (er-Roûchen),Zmèzma et Oulèd Laçoued (el-Kaddâla), el-Ajâma(à l’entrée d’el-Gsar), el-Akèrma (ez-Zâouia) eter-Rdoûd (près de l’Ecole française).Près de 100 mille âmes peuplent aujourd’hui la ville contre les quelque 15.000 que l’on recensait aux débuts des années 40 à Gafsa, el-Gsar et Lâla.

Architecture médina

De tout autre facture est la demeure patricienn e,dite Dar Loungou, aujourd’hui propriété de l’Etat et qui accueille, depuis sa restauration, le siège de l’Association pour la sauvegarde de la Médina de Gafsa qui y a installé son bureau, mais aussi un centre de recherche doté d’une bibliothèque dédiée à une figure marquante de l’intelligentsia tunisienne originaire de Gafsa : Belgacem Mohamed Kerrou, ainsi qu’une exposition permanente d’objets du patrimoine et de l’artisanat de la ville. Cette demeure porte le nom de la famille qui l’a possédée en dernier, en héritage de son ancêtre, Ahmed ben Haj Hassan ben Abderrahman Loungou, caïd du Jérid au cours de la seconde moitié du XIX°siècle. Elle avait été construite par le caïd Bakir ben Smaïl Zmerli vers 1818. Ahmed ben Youssef s’y installa à son tour après avoir été chargé du caïdat de la région des H’mâmmas et deGafsa. Après l’entrée des troupes françaises dans la ville, en 1881, cette maison a été convertie en siège du «Bureau des affaires indigènes», avant de devenir, quelque temps plus tard, siège du Contrôle civil. Après le transfert de cette dernière administration dans de nouveaux locaux, le caïd Ahmed Loungou s’y installa avec sa famille.

 

L’édification de cette habitation avait été confiée à un stâ qui lui a donné son allure si sfaxienne. En fait de dâr, il s’agit là d’un bâtiment qui a allié les fonctions de centre de pouvoir et de résidence familiale. Ses dimensions aussi bien que l’organisation de son espace intérieur en témoignent : entrée
très vaste avec drîba etsgîfas en chicane précédées d’une porte monumentale et dotée de banquettes en maçonnerie, grande cour sur laquelle donnent trois bayt al-qbou (chambres en «T» renversé, dotées de deux petites pièces de part et d’autre du kbou qui tient lieu de «salon», ainsi que d’alcôves latérales). Trois caves ont été aménagées en sous-sol autour du patio pour abriter matériels et provisions. La première sgîfa (hall d’accès à la maison) dessert un étage via d’étroits escaliers qui conduisent à une vaste bayt al-qbou avec un espace de distribution couvert. La décoration des façades extérieures des pièces du rez-de-chaussée de même que la décoration intérieure des chambres trahissent une très forte influence.

Belles et vieilles demeures

C’est, évidemment, dans les parties anciennes de la ville que l’on va retrouver l’essentiel de son patrimoine monumental et architectural. Par suite des nombreuses secousses qui ont ponctué l’histoire de cette localité (la dernière en date étant la Seconde Guerre mondiale qui a infligé à la cité de sérieux dégâts et occasionné la perte d’une grande partie de la Kasbah, ainsi que de belles et vieilles demeures et de marabouts suite à l’explosion,en 1943, d’une poudrière installée dans l’enceinte de la citadelle, sabotage provoqué par l’armée française avant la prise de la ville par les troupes allemandes), Gafsa a perdu des pans entiers de ce patrimoine, pertes aggravées par l’absence, des décennies durant, d’une volonté réelle de la part des autorités de sauvegarder et de mettre en valeur ce qui en restait. Aussi, si le tissu urbain s’est maintenu avec ses ruelles, ses impasses, ses placettes et ses quatorze passages voûtés (sibât, dit-on à Gafsa) ; avec ses lieux de culte comprenant mosquées et zaouias, ses aires commerciales etses espaces de loisirstraditionnels(en fait, des cafés et quelques bancs en maçonnerie sous les rares passages voûtés où se regroupaient les anciens du quartier), l’allure générale de la vieille ville ne se distingue pas par l’originalité (c’est-à-dire l’authenticité) de son architecture.

 

Monuments Historiques

Pour autant, dans une étude effectuée par un groupe de chercheurs tunisiens, espagnols et italiens à la faveur d’un projet intitulé “La mémoire des maisons”, initié par l’ASM de Gafsa et coordonné par son président, dans le cadre du programme européen Med-Urbs, on ne recense pas moins de 149 espaces patrimoniaux dans cette ville, couvrant toutes les ères historiques par lesquelles elle est passée, de l’Antiquité à l’époque coloniale. Il s’agit de monuments historiques, de lieux de culte anciens, de résidences traditionnelles, de passages voûtés et de façades de bâtiments. Depuis ce recensement, bien des locaux à caractère privé se sont dégradés, ont été défigurés ou tout simplement détruits, telle cette superbe demeure patricienne qu’était Dar Smaoui, assurément la plus grande, parmi les plus anciennes et la plus somptueuse de la Médina de Gafsa. Seuls les édifices à vocation religieuse ou le “palais” Dar Loungou, racheté par l’Etat, ainsi que Dar Chérif, ont fait l’objet de soins particuliers qui se sont traduits par un entretien et des restaurations qui ont permis leur sauvegarde.